Histoire d’un désastre

posted in: Non classé | 0

– Histoire d’un désastre –

En ce jour de 1898, l’hôtel situé à Lamotte-Beuvron était plein. Cette petite localité 160 kilomètres au sud de Paris accueillait régulièrement des groupes de chasseurs. Stéphanie et Caroline s’affairaient aux fourneaux, Stéphanie étant la cuisinière en chef et sa sœur s’occupant plus de la gestion mais donnant un coup de main en cuisine, particulièrement les jours de grande affluence. L’hôtel était renommé pour sa gastronomie et Stéphanie était particulièrement surchargée ce jour-là. Elle venait de commencer sa traditionnelle tarte aux pommes, mais passait d’une tâche à l’autre sans relâche et lorsque l’odeur de brûlé devint impossible à ignorer, il était trop tard : les pommes qui cuisaient dans le beurre et le sucre étaient caramélisées.

Pour tenter de sauver la situation, Stéphanie mit la pâte au-dessus de la préparation, à même la poêle, et enfourna le tout en pleurant à chaudes larmes son honneur probablement perdu à jamais.  A sa grande surprise, les convives furent unanimes dans l’appréciation de ce dessert inattendu.

Cette tarte devint un incontournable de l’hôtel Tatin,  mais les deux sœurs ne lui donnèrent jamais le nom de « Tarte Tatin » que nous connaissons aujourd’hui. C’est probablement Louis Vaudable, propriétaire du Maxim’s qui la baptisa ainsi bien après la disparition des deux sœurs.

Un désastre apparent peut donc devenir une innovation et la tarte Tatin est loin d’être un cas unique. Le Viagra (citrate de sildénafil) fut breveté en 1996 par les laboratoires Pfizer. C’était un médicament destiné à soigner l’angine coronarienne, mais lors des tests de phase I, les résultats furent décevants et il devint rapidement évident que ce médicament ne fonctionnerait pas. Pour un laboratoire pharmaceutique, c’est une catastrophe qui se chiffre en dizaines ou centaines de millions de dollars de pertes. Mais l’effet secondaire sur l’impuissance permit à Pfizer de repositionner cette molécule et d’en faire un succès pratiquement unique générant des milliards.

Le vin de Sauternes qui accompagne si bien le foie gras…  Au 16e siècle, bien avant le changement climatique donc, un printemps et un été anormalement chauds se succédèrent, ce qui provoqua la maturation précoce du raisin. Malheureusement, il se mit ensuite à pleuvoir abondamment et la récolte dut être repoussée. Quand enfin le temps devint clément, les raisins étaient recouverts d’une fine pourriture. Les vignerons ne pouvant pas se passer du revenu de leur récolte tentèrent néanmoins la fermentation et le résultat fut surprenant.

Autant d’innovations qui ne sont pas nées lors de séances de brainstorming…

 

Michel Dejolier

Michel Dejolier
Follow Michel Dejolier:

Co-fondateur IDP - Consultant - Conférencier

Michel Dejolier
Latest posts from

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *